Au flanc d'un coteau baigné par la Loire, s'étend une petite ville dont l'histoire remonte à la nuit des temps.

Les marchands phéniciens remontant les cours du grand fleuve l'avaient baptisée Seyr, la ville au soleil. certaines périodes du premier millénaire de notre ère demeurent obscures; il est certain qu'un premier monastère existât en ce lieu avant le moyen-âge.
     
De ce qui allait devenir La Charité, on n'entendit plus parler durant des siècles.
Le second millénaire vit l'érection d'une immense église dont les clochers s'élancent à l'assaut du ciel. La nef reposant sur ses piliers colossaux ressemble aujourd'hui à un vaisseau, venu de l'espace qui se serait posé là sans jamais plus repartir.
La ville groupée autour de ce vestige d'un autre temps, cernée de ses remparts séculaires, vit calmement au bord du fleuve majestueux qui la baigne. Ses vieux toits moussus, ses vieilles pierres sont les témoins permanents du temps passé, et ce n'est pas sans nostalgie que l'on emprunte les ruelles tortueuses, les boyaux mystérieux qui s'enfoncent entre deux maisons et les escaliers au débouché dissimulé derrière un angle de mur.
La Charité serait-elle l'émergence dans notre monde d'une époque aujourd'hui disparue et oubliée, l'âge d'or de notre civilisation, peuplée de preux chevaliers, de mystérieux moines aux pouvoirs magiques que nous croyons rencontrer à chacun de nos pas dans la cité.

Paris, 22 Mars 1984.